Article d’origine publié sur Pulse (cliquez ci-dessus)

 

 

Pourquoi les Héroïnes, pourquoi les Héros

Chaque personne a ses propres héros. Et chaque personne reconnaît au moins quelques héros réels ou fictifs : quand elle en parle, en général, une flamme s’allume dans son regard, une résonance apparaît dans sa voix, comme s’il s’agissait d’une affaire importante qui dévoile ses propres valeurs et un peu du mystère éternel.

Pourquoi avons-nous besoin de héros? Oui, il s’agit bien d’un besoin. Parce qu’un monde sans héros est inacceptable, insupportable, et sans espoir. Parce qu’ils nous connectent directement au cœur du Mystère.

Ce Mystère qui nous met en mouvement pour soulever des montagnes et pour nous faire accomplir des efforts inimaginables, qui nous fait franchir tous les combats et qui nous fait devenir créateur de miracles. Et tout cela sans peur de la souffrance. Sans rejet de la lourdeur. Sans peur de la peine. Ou même s’il y en a, elles n’ont aucune prise sur nous, elles ne peuvent devenir le centre du monde.

Avons-vous deviné? C’est simple comme un souffle, comme un souffle créateur. Tout le monde le possède mais rares sont ceux qui l’activent

une fois l’enfance terminée.

C’est… simple et évident comme l’Inspiration. Si nous sommes inspirés, alors, tout est à notre portée. Absolument tout.
Que faut-il donc chercher : le Succès, le Chemin ou l’Inspiration?Héroïnes et Héros choisissent l’Inspiration.

Mais en quoi les héroïnes et héros sont-ils si uniques?

Ils sont aujourd’hui l’unique antidote réaliste face au poison qui anime un grand schéma dans le destin de l’humanité que nous partageons.

Ce poison dit :

« Assujettis-toi à la souffrance devant l’insurmontable. Fais des efforts, et ton travail dans la souffrance endurée et franchie, te mènera au succès et à la liberté. Suer et saigner pour conquérir, tel est le Secret ».

Picture by No Yon Grimbert

Inséminer une telle croyance dans l’esprit des individus dès son plus jeune âge, puis en continu ensuite, est le meilleur moyen pour en faire des esclaves manipulables à souhait. Parce que dans cette proposition, il n’y a aucune place à la libre volonté et au libre arbitre, mais seulement à l’ingurgitation d’une croyance qui n’est même pas issue du propre vécu de chacun. Cela est bien la menace d’une croyance généralisée, fondée sur… aucune vérité vérifiable mais des interprétations. Et si on observe avec calme, il n’y a aucune issue pour être heureux au présent dans l’ici et maintenant. La promesse du bonheur est toujours émise pour le futur qui ne dépend que de notre capacité de soumission au travail et à la souffrance, de notre endurance. Il faut donc toujours courir derrière le temps, avec fantasme, espoir, désillusion, et frustration, sans jamais accéder à la pleine satisfaction durable. Nous déconnectons ainsi de la réalité sans même nous en rendre compte, jusqu’à ce qu’un événement malheureux comme un accident grave ou une maladie nous montre brusquement que nous n’allons pas si bien que nous le croyions et que nous pouvons nous effondrer comme un château de cartes.

Et puisque l’humanité a accepté un tel système qui est poison, il va devoir en accepter un autre pour pouvoir survivre au premier : la consommation. Ainsi, les achats d’objets avec la promesse éternelle d’une meilleure version, les nourritures industrielles, le sucre raffiné, les drogues diverse, le tabac, l’alcool, les médicaments, la pornographie, la sexualité de consommation, le tourisme frénétique… et les recherches pseudo spirituelles de compensation deviennent la solution apportée au stress permanent. La consommation devient unique source de plaisir et de bien-être tant éphémères, car induit par un mal existentiel quasi insurmontable, celui de devoir souffrir pour exister.

Dès lors, le moyen qui permet de survivre à ce programme bipolaire, constitué d’un va-et-vient permanent entre stress et substitut de bonheur, ne peut être que l’argent qui a le champ libre donc pour exercer un pouvoir dictatorial, dominant même l’instinct de survie.

Ce qui est épatant chez les Héroïnes et Héros, est le fait qu’ils n’ont que faire de l’argent en tant que pouvoir, puisqu’ils n’acceptent pas le système qui les assujettit à toute subordination et impuissance. Ils ne se positionne pas dans la logique de supporter une toxicité en acceptant l’engrenage de mal. Bien au contraire… nos Héroïnes et Héros refusent le mal initial d’un courage inspiré, et nous montrent le chemin pour recouvrer l’entière souveraineté de notre propre être. Comment pourrait-on en être inspiré autrement?

Et nous femmes et hommes ordinaires, dans tout cela…? 

Même si notre esprit semble endormi par le système, et notre libre arbitre anéanti par des faux pouvoirs, nous humains sommes difficilement et rarement réduits à un état de robotisation irrécupérable. Nous avons la chance d’être organique, avec des composants de vie qui circulent et se transforment en nous sans cesse. Et ces composants et circulations que nous appelons biologie, chimie, physique, écologie, referment encore une infinie de mystère que l’homme n’a pas résolu. Puisque nous sommes constitués d’une infinité de cellules vivantes, nous avons, en toute logique naturelle, autant de possibilités que celles-ci à effectuer des mutations, voire des transformations. Si notre esprit, lui, ne s’est pas dissocié de la conscience, nous sommes susceptibles de nous reconquérir, de nous transformer et d’être heureux de suite, ici et maintenant. Nous sommes tous susceptibles d’être des Héroïnes et des Héros, capables de dire oui à la vie qui est juste, et non au mal intelligent. Héroïnes et héros font de ces mystères l’art suprême, l’alchimie, la physique quantique, et l’astrologie.

Picture by No Yon Grimbert

Nous devons être honnêtes : nous sommes toujours en train de vouloir posséder mieux ou différent. Nous sommes animés par une insatisfaction chronique. Nous sommes convaincus que c’est ainsi, parce que tout le monde vit ainsi. Mais les héros et héroïnes ne cherchent pas un mieux extérieur et changeant. Ils n’ont que faire de l’opinion de la majorité. Ils donnent sans retenue le meilleur d’eux-même, pour se transformer et devenir meilleur. Et la satisfaction de devenir meilleur est aussi incomparable et majestueuse que celle du bébé qui réussit à se mettre debout pour la première fois : c’est une mission, une conquête, une victoire que personne ne peut ni ôter ni détruire. C’est de l’Héroïsme.

Les héroïnes et héros sont là pour nous réveiller à leur contact, ne serait-ce qu’un bref moment, même si on sombre dans l’endormissement de nouveau. Et en toute honnêteté, nous savons que nous sommes endormis et que nous nous trompons, puisque leur magie réveille notre conscience malgré notre volonté.

Nous sommes nombreux à avoir abandonné nos rêves d’enfance, ou triché avec nos rêves. Et quand l’âge avance avec ces donnes, nous paniquons ou baissons les bras ; nous nous abandonnons progressivement à la tristesse, à la colère ou au désespoir sans même nous en rendre compte. La mort approchant, même au très lointain, fait perdre le pouvoir des substituts de bonheur. Ni l’argent, ni les faux pouvoirs, ne peuvent atténuer et faire oublier ce rappel de fatalité.

Le chemin du réveil, autrement dit de l’Eveil, s’ouvre à nous tant que nous sommes touchés par tous les héroïnes et héros qui sont près de vous au quotidien ou qui sont devenus légendes universelles. Pour cela, pour re-devenir l’héroïne ou le héros que nous avons au moins été une fois au début de notre vie quand nous nous sommes mis debout et commencé à marcher puis courir, il suffit de faire un premier pas : celui de trouver une inspiration, ne serait-ce qu’une petite, et d’en faire une mission personnelle et (presque) sacrée. Alors nous commençons le chemin pour reconquérir l’être exceptionnel que nous sommes, pour devenir celle ou celui que nous voulons incarner et être véritablement, au moins une fois, avant de mourir en ce monde.

No Yon Grimbert

RITE DE PASSAGE – Porte 1 : Le Devoir

Article d’origine publié sur Pulse (cliquez ci-dessus)

 

 

Hommage à Paolo, un clochard de mon quartier.

 

Cher Paolo,

Je suis venue habiter dans ton quartier il y a 6 ans. On m’a dit que toi, tu y étais arrivé 2 ans avant moi.

Je n’ai jamais parlé avec toi. Mais je t’ai vu, regardé et côtoyé tous les jours.

Tu étais présent à ta façon, et tout le quartier semblait prendre soin de toi, chacun à sa façon. Tu ne demandais jamais rien à personne. Tout le monde t’entretenait de son propre chef.

Ton parfum original n’invitait pas à une proximité facile, ton style vestimentaire était fait en lambeaux gris. Ton corps était abîmé, fatigué. Ton esprit était ailleurs, tu parlais souvent avec des êtres invisibles.

Mais dans ton regard, constitué de deux yeux floutés par une maladie, dont un complètement déchiré, je voyais une lueur de pure bonté.

J’ai souvent détourné mes yeux quand tu me regardais avec insistance. Je ne suis jamais aller te donner quelque chose. Je ne voulais pas te donner de l’alcool car tu buvais, et tu ne mangeais presque rien. Tu ne m’as jamais adressé la parole, moi non plus. Mais on s’est regardé, beaucoup, et tu m’as parfois souri.

L’unique fois où on s’est parlé, c’était il y a un mois. Tu étais assis, tu m’as regardé et tu as regardé ma fille. Tu nous as souri pleinement et tu nous as dit : « Bonjour! ». Ma fille et moi t’avons répondu spontanément : »Bonjour! ». Notre unique et vrai échange a eu lieu 6 ans après notre rencontre.

Je m’étais dit que c’est curieux que tu nous parlais enfin après 6 ans. Peut-être t’adressais-tu aux anges qui nous entouraient… parce que tu es décédé aujourd’hui.

Tu es parti 2 jours avant que nous quittions aussi ce quartier définitivement, comme si tu ne pouvais pas rester ici après notre départ…

J’ai prié pour toi dès que je l’ai su.

Je voulais te dire que je suis triste et heureuse pour toi. Heureuse parce que tu es parti avant le dur hiver dehors.

Et triste parce que je n’ai pas pu te dire Merci.

Merci pour avoir été ma boussole de conscience au quotidien.

Merci pour m’avoir appris que j’avais encore des petites zones d’indifférence en moi, un complexe de supériorité comme si ce qui t’est arrivé n’allait jamais m’arriver.

Merci de m’avoir appris que je n’étais pas encore entièrement dans l’amour inconditionnel.

Merci de m’avoir montré que ce que je ne pouvais accepter chez toi n’était que des aspects de moi-même que je n’aime pas.

Merci de m’avoir appris que j’avais encore quelques dernières limites opposées à l’amour, des restes d’intolérance, et de l’embarras devant les destins comme le tien, comme si j’étais toute puissante et que je pouvais prétendre à créer un monde sans toi et sans les personnes comme toi.

J’essaie d’imaginer quel genre de jeune homme tu as été.

Tu as été forcément un beau bébé tout neuf qui sentait bon, et qui avait les yeux pétillants.

Tu as été forcément, même un peu, un enfant qui a joué et ri avec les autres.

Tu as sûrement été un adolescent aux yeux brillants et plein de rêves.

Tu as peut-être été un ingénieur ou un business man. Ou bien, un agriculteur, un homme de foi, ou un artiste comme moi.

Tu avais peut-être des enfants, une maison, une vie avec des plaisirs et des peines d’un quotidien ordinaire.

Ce n’est pas parce que je t’ai connu en tant que clochard que je ne respecte pas ta vie et ta mort. Tu n’avais pas honte d’être toi jusqu’au bout. Et rien que pour cet amour que tu as porté à toi-même, je te dis Bravo.

Et merci d’avoir montré à tout ton entourage et à moi, ce Chemin de l’Amour de soi à ce degré là. La preuve, tu as réuni autour de toi les gens de ton quartier, issues de toutes les religions, de toutes les ethnies, et ils se sont occupés de toi.

Là où tu as rendu ton dernier souffle, les gens ont posé des roses et un mot. Et moi, je te rends cet hommage. Quelle belle sortie de scène pour le rôle de clochard que ton âme a joué à la fin.

Bravo et au-revoir Paolo. Bon voyage!

No Yon GRIMBERT

RITE DE PASSAGE – Introduction : Le Secret

Article d’origine publié sur Pulse (cliquez ci-dessus)

 

Jeffrey Melton (Licence Creative Commons)

 

 

« Ne sautez pas dans l’inconnu, mais sautez directement dans l’amour » – Frédérique Bedos

 

J’aime les héros. J’aime les héroïnes.

Nous n’entrons pas dans le monde de ces êtres exceptionnels que nous appelons « Héros » ou « Héroïnes », sans commencer par l’essentiel : exprimer son émotion et énoncer sa vérité personnelle. C’est donc ce que je viens de faire.

Vous pouvez bien sûr aimer ou ne pas aimer les héros. Mais vous ne pouvez pas en être indifférents ; et si vous êtes parfaitement sincères avec vous-mêmes, vous éprouvez forcément ne serait-ce qu’une infime émotion pour les héros… car ils ont ce pouvoir curieux de ne pas vous laisser indifférents.

Si j’écris à propos des héros, mes capacités intellectuelles et la démonstration de mon savoir ne sont pas ce qui va vous faire vibrer. Aucunement.

Quand vous lisez le mot « Héros » dans un titre, vous êtes en principe déjà dans une émotion mystérieuse, une petite excitation discrète ou une plus grande, comme lorsque que votre téléphone sonne et que vous attendez une bonne nouvelle.

En me lisant, vous allez plutôt rechercher à ressentir quelque chose qui va résonner en vous. Un mystère. Une inspiration. Peut-être un miracle. Quand vous lisez le mot « Héros », vous êtes immédiatement en attente de… quelque chose.

De quoi suis-je en attente ?

La réponse à cette question est l’objet de votre vie, ou de ma vie que je n’ai pas peur de qualifier d’exceptionnelle. Je précise bien que « je n’ai pas peur », personnellement, de la qualifier ainsi. Ce que je veux dire par là, c’est que vous pouvez en faire tout autant pour votre propre vie, parce que je suis intimement persuadée que chaque vie est exceptionnelle. Le caractère exceptionnel d’une vie est généralement reconnue grâce à la portée héroïque des accomplissements, et moins à travers de simples conquêtes de richesses matérielles ou de pouvoir. Toute la question est donc :

Pourquoi je peux, ou je ne peux pas, qualifier ma vie d’exceptionnelle avec paix et bonheur en toute simplicité ?

Etonnamment, dans mes mémoires les plus lointains, je retrouve le sentiment et la certitude que je vivais une vie exceptionnelle. Je peux affirmer sans honte que depuis que je suis née, et depuis un temps qui va au-delà de ma naissance, j’avais la sensation que ma vie était exceptionnelle. Je ne me suis jamais demandée pourquoi c’en était ainsi, puisque pour moi, c’était une évidence de tout temps.

Avec le temps, je me suis rendue compte d’une chose assez curieuse : j’ai toujours été totalement « accro » aux miracles. Oui, aux miracles. Je passais mon temps à déceler tous les miracles possibles et imaginables dans mon entourage.

Les animaux, les fleurs, les arbres, la nature étaient le premier et le plus grand miracle. Ils m’accueillaient à bras ouverts, et leur amour évident dans cet accueil me transcendaient. Quand j’avais passé un premier stade dans lequel les miracles de la nature et des hommes avaient moins de secret pour moi, j’ai commencé à aller en chercher loin, puis de plus en plus loin de chez moi et des territoires connus. Puis quand le seul acte de chercher des miracles ne me satisfaisait plus assez, j’ai commencé à essayer d’en créer, parce qu’il le fallait bien. Et cela a occupé tout mon temps d’enfant, tout mon temps d’adolescente, la majorité de mon temps d’adulte jusqu’à aujourd’hui ; de toute évidence, cela m’occupera jusqu’à ce que mon âme quitte mon corps et qu’elle soit repartie bien loin de cette vie-là, et peut-être encore au-delà.

Les miracles ? mais pour quoi faire ?

Faut-il vraiment donner une réponse à cette question fondamentale ? Ne serait-ce pas une évidence qui est souvent rangée dans le placard de l’inconscient quand notre âme d’enfant s’évanouit face à celle d’adulte? Comment avez-vous fait pour oublier que naître et profiter de la vie simplement est en soi un miracle ?

Je souhaite de nouveau rappeler l’essentiel : je fais absolument tout par amour. Je sens bien que le moteur qui conduit la vie dans mon être ne vibre que d’amour, cet amour fou que j’ai pour la vie.

Et je sais comment cet amour immense, illimité, génial, a su me faire créer et vivre une vie exceptionnelle. Je l’ai toujours su, mais il y a des périodes d’errance où j’ai eu du mal à l’exprimer, où j’ai perdu la connexion à l’amour qui était pourtant là.

Indice n°1 : des terribles épreuves pour commencer

J’ai eu une chance miraculeuse pour commencer : l’entrée dans ma vie a été, on ne peut plus difficile. Je suis née dans une terre ou personne ne m’acceptait et ne m’aimait sauf mes parents, où personne ne souhaitait me reconnaître comme un être humain digne de vivre et de mériter la terre où je suis née. Je suis née en territoire ennemi, dans le mauvais camp des étrangers non souhaitables dans un pays meurtri de haine, de blessures et de sang. L’amour de mes parents et de mes proches ayant brillé de mille feux, dans ces circonstances de vie quotidienne difficilement supportable et équivalent à l’Apartheid, j’ai eu le réflexe de reconnaître cet amour rare comme un pur miracle créé par des héros qu’étaient mes parents. La première impression de ma vie a été donc très bonne, même si je me trouvais dans le cœur de l’horreur.

Indice n°2 : des terribles épreuves pour continuer

Puisque ce premier miracle m’avait plu, et que mes parents étaient des vrais héros (en toute logique puisqu’ils étaient capables d’aimer un petit être rejeté de tous que j’étais), je m’étais dit que là où j’éprouverais de l’amour, je trouverais des miracles. J’avais compris que les miracles se révélaient dans des circonstances difficiles qui demandaient justement beaucoup d’amour. Plus une difficulté exigeait de l’amour, plus le miracle était spectaculaire. Le miracle était donc proportionnel à la difficulté d’épreuves. Et cet amour exigeait un courage, tout autant proportionnel à lui-même et au miracle. L’équation commençait à se révéler clairement : amour = courage = miracle.

J’ai donc décidé de plonger dans chaque difficulté qui se présentait à moi. J’étais souvent terrorisée, me sentant incapable à priori d’affronter l’épreuve. Mais je savais que je n’avais pas le choix ; dans mon cas, ma survie littérale était en jeu. C’était une question de vie ou de mort. Je devais trouver des miracles pour survivre et pour simplement conserver l’envie de vivre tout court. Je devais accepter de traverser les territoires sombres, cette unique zone où les miracles apparaissaient. Ma décision était donc de faire toujours le choix qui concentrait tous mes désirs fondamentaux, mes rêves, mes envies, mon enthousiasme, mon excitation, et ma peur la plus grande face à l’inconnu, même et surtout en cas de survie. En général, si la direction que je devais prendre concentrait réellement tout cela, c’était le bon chemin à parcourir puisqu’il y avait là tout l’amour que je pouvais éprouver pour la vie. Mais… il fallait y aller. Et

Picture by Eddy Van B (Licence Creative Commons)

ça fait toujours peur d’aimer à ce point car un tel degré d’amour n’est pas rationnel.

J’ai ainsi fait face et survécu à toutes les épreuves de mon enfance : le racisme social que je subissais engendrait des agressions physiques quotidiennes, des lynchages dont je faisais l’objet, des humiliations physiques et morales répétées, des harcèlements, des injustices civiles, des injustices scolaires, des injustices médicales, des injustices jusque dans les jeux d’enfants et les tournois sportifs ou artistiques… il n’y avait aucune échappatoire et aucun répit. Toutes les personnes de mon ethnie subissaient le même sort, enfants comme adultes, riches comme pauvres. J’ai vu de nombreuses âmes en souffrance sombrer dans les abîmes desquels on ne revient pas. Pour couronner le tout, j’avais depuis ma naissance, une maladie auto-immune très handicapante qui s’était déclarée lors de mes premières vaccinations, et dont je ne souhaite à personne les crises de symptômes et les douleurs que je devais traverser régulièrement (cette maladie a perduré jusqu’aujourd’hui). Je menais une vie d’aller-retour entre les hôpitaux et mon domicile, et je ressemblais souvent physiquement à des créatures qu’on ne pouvait pas exposer aux yeux des gens.

Rien de tout cela ne donnait en principe, envie de s’accrocher à la vie.

Indice n°3 : L’apparition des héros et des miracles

C’est en premier lieu les arts vivants, notamment la musique, qui m’ont sauvée en me connectant à la source de l’amour. Ma pratique artistique intensive, avec une force vocationnelle, me nourrissait d’énergie et d’amour sacrés que seuls l’art et la pratique spirituelle semblent pouvoir offrir. J’avais choisi l’art, il me servait de fil d’Ariane dans le dédale des épreuves et des souffrances de ma vie. L’art m’a offert des moments de grâce qui sont de véritables miracles transcendentaux. Ces moments me libéreraient de ma condition humaine et me rappelaient ma condition sacrée ; j’ai compris que dans l’art, je pouvais me libérer du labyrinthe en prenant de la hauteur, et cela m’a permise de ne jamais me perdre.

Puis ce sont les héros du quotidien, inconnus mais si grands, qui ont sauvé mon cœur et mon corps d’enfant, meurtris, avec la puissance de leur amour. Et cela était en soi un pur miracle dans ces circonstances. Ces héros ne dépendaient d’aucun camp, ami, ennemi ou tiers. Ils pouvaient surgir de partout. Ces héros ne faisaient pas que sauver : ils me montraient le chemin, en cultivant en moi les germes du courage afin que je parcoure mon propre voyage vers le miracle. Ils m’inspiraient et m’éduquaient, en me livrant tous le même message fondamental : « Je t’aide et te sauve maintenant, mais il va falloir que tu deviennes ton propre sauveur en apprenant à t’aimer d’une façon véritable et juste, avec force et discipline ».

J’ai ainsi quitté mon foyer familial de l’extrême orient pour m’aventurer dans l’inconnu total, en Europe, seule à l’âge de 15 ans pour faire des études musicales supérieures. Quel courage ont eu mes parents, ces héros, de laisser partir leur jeune fille vers l’inconnu, comme ils l’ont fait à l’époque dans les années 80 ! Mes parents ne parlaient que leur langue, n’avaient jamais voyagé hors de l’Asie, et ne pouvaient même pas imaginer à quoi pouvait ressembler une vie française. Et surtout, ils ne pouvaient pas m’accompagner pour « me déposer » et m’installer en France. J’ai dû dire au-revoir dans mon pays, en faisant l’effort de ne jamais verser une larme (car j’avais tout de même la chance inouïe de partir à la recherche des miracles), et de prendre mon premier vol vers l’Europe (qui durait à l’époque 24h, en parcourant 2 tiers du tour de la Terre avec 2 escales obligatoires, car on ne pouvait pas survoler l’URSS).

Je ne parlais pas encore bien le français, et j’ai atterri en France sans connaître personne, dans un monde radicalement opposé à celui de ma culture, sans téléphone mobile, sans internet, sans satellite, sans caméra de surveillances et sans drones dans toute la ville.

La France et l’Europe m’ont réservée leur lot d’épreuves les unes plus spectaculaires que les autres. Les difficultés d’adaptation à la culture française avec tout ce qu’elle représente en particularités, a été au moins aussi difficile que mon enfance dans l’Apartheid asiatique. Puis mes années de voyage à travers le monde sur différents continents m’ont réservé également des épreuves de taille : j’ai traversé une guerre civile et couru sous des coups de fusil, vécu dans la misère des zones les plus pauvres de la planète, vécu dans la sécheresse avec très peu d’eau pour vivre. Le fait de devenir mère de deux enfants, d’expérimenter toutes les configurations familiales et de vie de couple, et d’endosser les épreuves propres à mes enfants, ont aussi été des défis colossaux. J’ai connu aussi les épreuves réservées aux femmes : viol, avortements, séquestrations, agressions, humiliations, et une expérience de mort imminente à mon premier accouchement victime d’une erreur commise par un médecin. J’ai failli perdre ma main droite transpercée de verres avec tous les tendons coupés, et dire adieu à ma vie de pianiste concertiste. J’ai été gravement accidentée lors d’une chute d’une cascade, et failli dev

Picture by Ivan (Licence Creative Commons)

enir tétraplégique. J’ai connu toutes les trahisons, les coups-bas et l’inhumanité appliquée dans le monde professionnel aussi bien que dans les relations privées.

Il me semble que j’ai vécu, à peu de chose près, toutes les épreuves majeures possibles dans une vie. On peut dire que ma vie m’a bien servie, puisqu’elle connaissait ma demande.

Mais j’ai vécu surtout, avec grâce et émerveillement, des expériences bien plus intéressantes que cette somme d’épreuves : des miracles, petits, grands, grandioses, absolus, divins, intemporels, suprêmes, indicibles, sublimissimes, et je suis bien consciente que ça n’arrive pas tous les jours à tout le monde. J’ai eu des cadeaux de la vie, des chances à faire pâlir d’envie ceux dont le coeur est malade et esclave de jalousie. J’ai vécu des vrais miracles, toujours impossibles en toute logique, mais réalisés pour moi.

 

De l’autre côté de la rive…

Aujourd’hui, je me sens être une femme libre et entièrement libérée, saine dans un corps sain, avec un esprit sain. Je ne porte aucune séquelle physique ni morale de mes épreuves passées. Je n’ai rien à cacher, je suis transparente. Je n’ai plus d’âge. Je me sens enracinée à la terre comme un sequoia, je me sens immuable comme lui et flexible comme une liane tout à la fois. J’aime et éprouve de l’amour pour tous et pour tout. J’adore ma vie, et je suis profondément et sincèrement heureuse de vivre. Je ne fais qu’être moi-même en vivant la vie que je veux vivre.

Je me contente d’être pleinement qui je suis, en pensant, ressentant, parlant et agissant d’une seule et même façon, sans jamais me mentir.

Je me contente de ne jamais abandonner la recherche de miracles, et de transmettre cette passion et mon savoir-faire à qui me le demande. Et pour cela, j’affronte des épreuves tous les jours si elles se présentent à moi, et je ne recule jamais devant un choix difficile. Je chemine naturellement vers le saut dans l’inconnu, avec comme seul arme le courage d’aimer.

On me dit que j’ai l’air tellement heureuse qu’on m’imagine une vie chanceuse de bonheur sans embûche depuis ma naissance. On me dit que je fais partie des personnes les plus positives et créatives que l’on puisse trouver. On me dit que je donne envie de suivre dans tout ce que je fais, et que je peux embarquer les foules avec moi. On me dit aussi plein de choses malveillantes car la jalousie et la méchanceté existent tout autant que la bienveillance, mais je ne leur accorde aucune importance : car je sais qui je suis. Personne ni rien ne peut ébranler une personne qui a conquis le miracle de connaître l’essence de qui elle est, et qui vit en toute conscience la vie qui en découle. Je n’ai plus de peur, car je ne cache plus rien.

Invitation au voyage…

On me demande souvent, si je peux confier mon secret.

Je réponds oui. Le secret appartient à tout le monde et vous le possédez déjà, mais il ne percutera pas votre esprit tant que… (laissons le mystère opérer de sa magie).

Oui, si vous êtes prêts à pratiquer les sauts dans l’inconnu et dans l’amour qui font peur.

Oui, si vous êtes prêts à mourir pour renaître, plusieurs fois, inlassablement.

Oui, si vous êtes prêts à prendre seul, la responsabilité de tout ce que vous vivez.

Si votre âme dit oui à tout cela, vous êtes bienvenus à l’Ecole des Héros, où je réunis les Héroïnes et Héros universels de tous les jours, qui engendrent d’autres Héroïnes et Héros à travers un voyage initiatique.

No Yon Grimbert

Picture by Phil Norton (Licence Creatoive Commons)